Depuis maintenant deux siècles, la France, ainsi que les autres pays du monde, ont traversé des transitions profondes et révolutionnaires. Les révolutions industrielles ont vu apparaitre l’émergence du charbon, de la machine à vapeur, mais aussi l’explosion du secteur automobile, l’énergie nucléaire…

La révolution de notre siècle est sans nul doute celle du numérique. Des outils numériques nous accompagnent désormais dans notre quotidien, qu’il s’agisse du smartphone, de Google, Facebook, Instagram, ou bien d’autres encore. Ils ont en tout cas un point commun : ces outils ne sont que très peu à être concurrencés par des pays européens, et encore moins par la France.

Mais alors pourquoi la France, cette puissance du G8, qui rayonne à travers le monde de par sa culture, son savoir-faire, ou encore son système de santé, peine tant à développer son indépendance numérique ?

 

La France, en retard face à deux poids lourds : les Etats-Unis et la Chine

 

La France fait partie des plus vieux pays du monde, et a longtemps été en très bonne position dans de nombreux domaines. Mais elle n’a pas su saisir le tournant du numérique en même temps que les Etats-Unis, ou plus récemment la Chine. En effet, les Etats-Unis sont un pays qui ne compte pas encore 300 ans d’existence, et qui domine, tout simplement, l’économie mondiale. Sur le plan numérique et digital, plusieurs raisons viennent expliquer cette prééminence :

  • Une puissance financière : Wall Street est la première place boursière du monde, le dollar restant la devise internationale de référence.
  • Un Etat très présent : défendant une forme plus ou moins forte de protectionnisme, les politiques américaines ont favorisé des monopoles nationaux au cours du temps pour partir à la conquête du monde.
  • Un lien fort entre les écoles et les entreprises : ces dernières ont historiquement financé les laboratoires de recherche des écoles, soutenu les enseignants-chercheurs, offert des débouchés aux meilleurs étudiants, et entretiennent des liens étroits, via leurs accélérateurs, avec des réseaux de start-up d’étudiants, à l’image de Google, Facebook, PayPal…
  • Un marché unique de 320 millions de consommateurs : il peut se vanter d’opérer avec une langue unique, une fiscalité et un cadre juridique plus homogène qu’en Europe, ce qui permet de consolider un immense marché, en limitant les efforts et les coûts de déploiements.

 

 

La Chine quant à elle, par soucis de défiance envers les produits et services américains, a développé sa propre offre numérique, et donc sa souveraineté. En Chine, Facebook, Google et autres firmes américaines, ne sont pas présentes. Elles sont remplacées par des services tels que WeChat, Alibaba, ou encore Youku. Ces services sont ainsi présents sur l’ensemble du territoire chinois, avec plusieurs millions d’utilisateurs sur chaque plateforme.

Le numérique, comme avant lui le charbon, est une révolution ; il est donc primordial pour les Etats de s’y atteler, pour rester compétitifs, mais surtout indépendants.

 

Une domination numérique problématique pour la France…

 

En effet, les menaces émanant de ces puissants services sont multiples pour l’Europe, et ainsi pour la France. Une telle domination de la part des GAFAM – Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft – sur le numérique mondial, pose problème sur plusieurs points. Les données personnelles, l’influence, le big data, et un grand nombre d’autres enjeux du numérique, sont au cœur de ce problème ; ces entreprises contrôlent en somme une nouvelle partie du monde : le digital.

Les autres Etats peinent à assurer leur rôle lorsqu’ils doivent faire face à des entreprises aussi importantes, qui plus est, protégées par leur pays d’origine. En plus d’attirer les cerveaux français et d’être populaires chez les nouvelles générations, ces sociétés élargissent de plus en plus leurs domaines d’activités. Il est désormais possible d’acheter des produits de marque sur Facebook ou encore Instagram. Amazon est le premier site en ligne pour l’achat à distance et Google le premier espace de publicité en ligne.

Ce n’est pas étonnant de retrouver parmi les premières places des sites les plus visités en France :  google.com, facebook.com, YouTube.com, amazon.com.

 

… qui dispose d’atouts qu’elle peine à affirmer

 

La France a donc du mal à faire face à ces multinationales d’un nouveau genre, qui “contrôlent” par leur diffusion omniprésente dans nos sociétés.  Pour autant, tout n’est pas perdu : la France dispose d’avantages importants pour espérer se positionner parmi les pays qui comptent dans le numérique. L’Etat est très présent au sein des entreprises qui travaillent sur le secteur R&D mais aussi dans le système éducatif. De nombreuses “jeunes pousses de la technologie” comme on les appelle, sont issues de l’hexagone. Cependant, beaucoup s’expatrient pour ainsi rejoindre de grandes multinationales, ce qui reste un problème majeur.

La France a pourtant un rôle essentiel à jouer : en effet, le marché européen est le plus gros marché sur le domaine digital (des réseaux sociaux). On constate que la France essaie de contre-attaquer. Qwant, moteur de recherche français, semble en bonne voie, prônant le respect des données des utilisateurs et se démarquant par son système de financement. Blablacar ou Deezer sont par ailleurs des entreprises qui représentent le numérique français dans l’hexagone et à l’étranger.

La France a d’autre part exprimé, depuis maintenant quelques années, le souhait de taxer les GAFAM, qui profitent en effet de conditions très favorables. Cependant, faute d’un accord au niveau européen, le projet a été annulé en 2018. C’est seulement en 2020 que différentes cours de justice – y compris la justice américaine –  s’attaquent au géant Google pour abus de position dominante. Car Google n’est que la face cachée de l’iceberg.

En 2015 qu’Alphabet a été créé pour décharger le moteur de recherche des activités ne représentant pas son activité principale. En d’autres termes, Alphabet est une maison mère qui coordonne différents pôles à l’intérieur desquels se trouvent plusieurs entreprises.

La France doit jouer un rôle sur la scène internationale du numérique cependant il est essentiel qu’elle ait une véritable ligne directrice avec le reste de l’Union Européenne…

 

Une essentielle souveraineté numérique européenne

 

La France, 6ème puissance mondiale, peine ainsi à se faire une place dans l’espace numérique du 21ème siècle. Devancée par de nombreux pays, elle occupe seulement, selon un rapport de la Commission européenne, la 15ème place sur 28 à l’indice relatif à l’économie et à la société numérique.

Cet indice est basé sur différents critères dont :

  • la connectivité,
  • l’utilisation des services internet,
  • les services publics numériques,
  • le capital humain,
  • l’intégration de la technologie numérique

Cependant, on constate que, sur les dernières années, la France a fait des efforts non-négligeables pour reprendre le pas sur ce domaine trop longtemps délaissé. La crise sanitaire de la Covid-19 a aussi contraint plusieurs Etats, y compris la France, à accélérer leur développement numérique. L’enjeu est de taille face à un quasi monopole d’une dizaine de sociétés. La France, comme ses voisins européens, et stratégiquement avec eux, doit tout faire pour acquérir une souveraineté numérique et ainsi se rendre indépendante face aux géants existants.  Le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) était une première étape. D’autres doivent suivre et ainsi rééquilibrer la balance, pour placer l’Europe et la France au cœur de cet enjeu du 21ème siècle.

 

Alexis, Chargé de développement commercial chez Apsynet

 

 

Catégories : Transformation digitale